À retenir
- Des ponts et des chaussées relient une chaîne d'îles à l'ouest de Tromso qui, autrement, nécessiteraient des bateaux pour être atteintes.
- La Norvège a construit des tunnels sous-marins sur toute la longueur de sa côte, descendant bien en dessous du niveau de la mer entre les îles.
- Une grande partie de ces infrastructures dessert des communautés de quelques centaines d'habitants, ce qui relève d'une politique nationale délibérée plutôt que d'un hasard.
- Sans le réseau routier, rejoindre les îles extérieures depuis Tromso prendrait une journée entière en bateau plutôt qu'une heure.
Le problème que la route résout
Regardez une carte de la côte à l'ouest de Tromso et la difficulté est évidente. Il y a très peu de terre continue. Le continent cède la place à Kvaloya, Kvaloya à un chapelet d'îles plus petites, et entre toutes ces terres coule de l'eau, parfois profonde, parfois exposée à la mer ouverte.
Pendant la majeure partie de l'histoire, cela signifiait des bateaux. Les communautés d'ici étaient maritimes par nécessité, reliées entre elles et au monde par la mer plutôt que par la terre, et un voyage qui prend maintenant une heure prenait presque une journée entière et dépendait de la météo. La route que vous empruntez est une réponse relativement récente à un problème très ancien.
Les ponts sur les eaux peu profondes
Là où l'eau est peu profonde et la distance modeste, la réponse est un pont, et la côte en est parsemée. La plupart sont de minces ouvrages en béton sur des piliers régulièrement espacés, fonctionnels plutôt que spectaculaires, et ils constituent souvent l'élément le plus photographié d'une île en raison de ce qu'ils enjambent.
Le pont vers Sommaroy est l'exemple que tout le monde connaît : une courbe basse de béton au-dessus d'une eau si claire et si pâle que ses photographies sont régulièrement prises pour un endroit tropical. Il fait un travail tout à fait banal, et le cadre en fait un monument.
Un pont enjambant une eau turquoise peu profonde entre les îles
Les chaussées, la solution plus simple
Là où l'eau est suffisamment peu profonde, la Norvège choisit parfois de combler plutôt que de franchir. Une chaussée est un remblai de roches construit à travers un détroit, souvent avec une section de pont courte pour laisser passer l'eau, et c'est une solution robuste dans un climat qui traite durement les structures.
Vous en croiserez plusieurs sur cet itinéraire sans forcément les identifier comme des ouvrages d'art. L'indice réside dans l'eau des deux côtés au même niveau, et dans l'enrochement protecteur le long des bords, placé pour absorber ce que la mer fait à tout ce qui se trouve sur son passage pendant un hiver nordique.
Les tunnels sous-marins
C'est ce qui surprend le plus les visiteurs. Là où l'eau est trop profonde ou trop exposée pour un pont, les ingénieurs norvégiens passent fréquemment en dessous, creusant un tunnel à travers la roche sous le plancher marin pour remonter de l'autre côté. Le pays en a construit sur toute la longueur de sa côte.
Conduire dans un tunnel est une expérience particulière : une longue descente régulière dans la roche, un point bas quelque part bien en dessous du niveau de la mer, puis une remontée vers la lumière du jour sur une île. Il n'y a généralement rien à voir et tout à quoi penser. L'économie est contre-intuitive mais réelle, car un tunnel ne nécessite aucun entretien contre les tempêtes et ne ferme pas lors d'un coup de vent.
1 heure
Le temps approximatif que met la route depuis le centre de Tromso jusqu'aux îles extérieures, sur une étendue d'eau qui nécessitait autrefois un bateau.
Pourquoi construire tout cela pour si peu de monde
Les communautés desservies sont petites, souvent quelques centaines d'habitants, et la question honnête est de savoir pourquoi un pays dépenserait autant pour les relier. La réponse est une question de politique plutôt que d'économie. La Norvège a pris une décision durable : ses communautés côtières dispersées doivent rester des endroits viables où vivre plutôt que de se vider au profit des villes.
Cette décision est visible partout sur cet itinéraire : routes, tunnels, ponts, écoles et ports desservant des populations qui ne justifieraient pas l'investissement sur une feuille de calcul. Savoir si c'est efficace est un débat légitime. Ce que cela produit, c'est une côte qui est encore habitée et active, ce qui est précisément ce qui rend sa découverte en voiture intéressante.
Ce que cela signifie pour l'excursion
Directement, qu'une expédition d'une demi-journée peut atteindre le bord extérieur de l'archipel. Sans le réseau routier, il faudrait un bateau, une journée entière et un horaire dépendant de la météo. Avec lui, un car quitte un hôtel de la ville et se trouve sur une plage de sable blanc une heure plus tard.
Cela façonne aussi ce que vous voyez. Une route suit la terre, ce qui signifie que vous voyez le littoral au niveau des yeux, les villages, les séchoirs à poisson, les ports et le quotidien d'une côte active, plutôt que la vue depuis le large. C'est une manière différente et sans doute plus instructive de comprendre un lieu.
La route en hiver
Elle reste ouverte, et ce n'est pas une mince affaire. L'entretien hivernal des routes sur la côte arctique norvégienne est une opération sérieuse, et les routes de cet itinéraire sont déneigées et traitées pendant des mois où elles sont effectivement gelées en permanence.
Pour un passager, cela signifie qu'une excursion en car reste viable en janvier, ce qui est le but. Les ponts reçoivent le vent, les sections exposées reçoivent la neige soufflée, et les guides adaptent l'itinéraire lorsque les conditions l'exigent. Que la route existe tout simplement en février, menant à une île de quelques centaines d'habitants, est un résumé raisonnable de la façon dont ce pays traite sa côte.
Il y a un détail qui mérite d'être remarqué depuis la fenêtre du car sur les sections exposées. Des balises à neige, de fines perches hautes placées le long de la route à intervalles réguliers, existent pour qu'un conducteur de chasse-neige puisse trouver le bord de la chaussée quand tout le reste est blanc. Dans un paysage sans haies, murs ou arbres pour délimiter une route, elles sont la seule chose entre un chasse-neige et un fjord. C'est un petit détail qui en dit long sur l'endroit.
